Mon stage, ces héros

6 janvier 2015Alison

Je voudrais écrire quelque part ce que je ressens de mon 1er stage.

Comme je vous l’ai dit, je travaille dans un service spécialisé dans les troubles du comportement où nous avons principalement des patients « déments ». Mot pas très joli fourre-tout qui ne veut finalement pas dire grand chose.

Il y a les angoissés, les euphoriques. Les irritables, les déprimés. Ceux qui s’indignent, ceux qui sont ravis d’être dans une prison avec tant de liberté.

Je suis la première à reconnaître que je n’étais pas sûre d’aimer ce stage (ni même la gériatrie tout court). A côté du nom du service le jour du choix de stage , j’avais écrit sur mon bout de papier « non, plein de cris ! », d’après ce que j’avais lu des évaluations des anciens internes . Puis le stress, la précipitation, le peu de choix qui restent…Je me suis emmêlée les pinceaux, et je l’ai pris, ce stage. Parce que ça ne durerait que 3 mois, parce que les 3 autres mois seraient dans un service « côté ». Puis je me suis mise à l’adorer, ce stage. Et à supplier pour rester les 6 mois entiers.

Parce que ce stage a pansé mes blessures et m’a emplie d’une sérénité incroyable.

Il y a celle qui vous accueille plus heureuse que tout quand vous la réveillez le matin. Celui qui répond à mon « comment vous allez ? » d’un sempiternel « à pieds ! ». La force tranquille, le charmeur maghrébin, le petit vieux bougon qui vous fait craquer avec ses salopettes à bretelles. La petite mamie qui remue son popotin en vous demandant à quoi ça ressemble, la zumba.

Il y a leur histoire. Maris, femmes, parents. Ancien médecin, ancien pétrôlier, ancien pilote de chasse. Des histoires passionnantes, tout le temps, dures, souvent.

Et plus que tout, il y a cet amour à donner et à recevoir, partout, tout le temps.

Parce qu’ils oublient, parce qu’ils ne se souviennent sûrement pas de moi d’un jour sur l’autre, la confiance qu’ils m’accordent à nouveau chaque matin n’a pas de prix. Quand c’est ma main qu’ils viennent chercher quand ils ont peur. Quand ils coupent la parole à mon chef pour lui dire que je suis « une bonne petite », ou qu’ils disent « oh, un ange » en me voyant passer. Quand ils me carressent le visage en me disant qu’ils m’ont cherchée. Quand ils me disent que je suis gentille.

Moi qui ai tant besoin d’être aimée, mais soupçonne toujours les compliments d’être intéressés ou polis, j’ai face à moi les patients les moins calculateurs possibles. Pour qui n’existe plus que le présent. Et qui, jour après jour, m’apprécient sans aucune raison tangible, sans même se souvenir d’une seule de mes blagues, d’une seule de mes attentions. M’apprécient pour quelque chose que, j’espère, ils voient au plus profond de moi quand je les regarde dans les yeux. Et il n’y a rien qui pouvait mieux me convaincre que je méritais d’être aimée.

Et cette équipe de soignants incroyables, qui me chouchoutent et m’ont adoptée de suite… Qui me taquinent, m’aiment, me bousculent, me coachent.

Alors merci au destin de m’avoir fait oublier le NON sur mon bout de papier. Merci à Nathalie, Christine, Mustapha, Ania, Maryse, Marie-claude, Nicolas, Malidor, Elodie, Vanessa , Stéphane, Florence… A Pascal et Thierry. Aux patients.

Oui, un grand Merci amour-  

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8 Comments

  • Hermine

    6 janvier 2015 at 22:31

    Tes mots sont beaux, vraiment beaux, j’ai eu la gorge toute nouée en te lisant. Merci d’être une future soignante merveilleuse, j’en suis sûre : tu es de celles et ceux qui changeront le monde..

    1. Alison

      7 janvier 2015 at 07:10

      Oh Hermine, moi j’ai eu les larmes aux yeux en lisant ton commentaire. Merci de croire en moi :)

  • Dr Chocolatine

    8 janvier 2015 at 22:10

    Moi qui parfois – souvent traînais des pieds pour aller en stage, je me souviens que ce sont eux, mes patients, qui savaient le plus me rappeler l’amour de mon métier, me réconforter finalement et me donner envie chaque jour de retourner de nouveau dans les services.
    En étant médecin « généraliste » , enfin plus particulier car militaire, je n’ai plus ces aspects touchants du métier mais je profite plus de mes enfants. La première, je ne l’ai pas vu grandir les deux premières années à cause du rythme intense que tu connais. Je me rattrape seulement maintenant.
    Courage à toi ! Bises d’une consoeur

    1. Alison

      10 janvier 2015 at 20:39

      Oui les patients sont pour la plupart super sympathiques, ce sont eux qui m’ont fait aimer de plus en plus ces études et m’ont fait surpasser mon dégoût de la compétition.
      Bisous et à bientôt sur ton blog ou le mien :)

  • Gabie

    9 janvier 2015 at 14:31

    Magnifique ton message et tellement touchant !
    <3 <3 <3

    1. Alison

      10 janvier 2015 at 20:39

      Merci ma Gabie :)

  • Elodie

    13 janvier 2015 at 22:34

    C’est un très beau message qui met du baume au coeur, merci Alison pour toutes ces personnes ; patients, personnels . D’ailleurs j’ai reconnu quelques patients lol. C’est un plaisir de bosser avec toi, tu es pétillante et joyeuse tout le temps, que c’est agréable… :D
    A bientôt

    1. Alison

      13 janvier 2015 at 23:15

      Merci Elodie, ta visite me touche. Je ne sais que dire à part <3 <3 <3 *amour :D

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