Je voudrais écrire quelque part ce que je ressens de mon 1er stage.

Comme je vous l’ai dit, je travaille dans un service spécialisé dans les troubles du comportement où nous avons principalement des patients « déments ». Mot pas très joli fourre-tout qui ne veut finalement pas dire grand chose.

Il y a les angoissés, les euphoriques. Les irritables, les déprimés. Ceux qui s’indignent, ceux qui sont ravis d’être dans une prison avec tant de liberté.

Je suis la première à reconnaître que je n’étais pas sûre d’aimer ce stage (ni même la gériatrie tout court). A côté du nom du service le jour du choix de stage , j’avais écrit sur mon bout de papier « non, plein de cris ! », d’après ce que j’avais lu des évaluations des anciens internes . Puis le stress, la précipitation, le peu de choix qui restent…Je me suis emmêlée les pinceaux, et je l’ai pris, ce stage. Parce que ça ne durerait que 3 mois, parce que les 3 autres mois seraient dans un service « côté ». Puis je me suis mise à l’adorer, ce stage. Et à supplier pour rester les 6 mois entiers.

Parce que ce stage a pansé mes blessures et m’a emplie d’une sérénité incroyable.

Il y a celle qui vous accueille plus heureuse que tout quand vous la réveillez le matin. Celui qui répond à mon « comment vous allez ? » d’un sempiternel « à pieds ! ». La force tranquille, le charmeur maghrébin, le petit vieux bougon qui vous fait craquer avec ses salopettes à bretelles. La petite mamie qui remue son popotin en vous demandant à quoi ça ressemble, la zumba.

Il y a leur histoire. Maris, femmes, parents. Ancien médecin, ancien pétrôlier, ancien pilote de chasse. Des histoires passionnantes, tout le temps, dures, souvent.

Et plus que tout, il y a cet amour à donner et à recevoir, partout, tout le temps.

Parce qu’ils oublient, parce qu’ils ne se souviennent sûrement pas de moi d’un jour sur l’autre, la confiance qu’ils m’accordent à nouveau chaque matin n’a pas de prix. Quand c’est ma main qu’ils viennent chercher quand ils ont peur. Quand ils coupent la parole à mon chef pour lui dire que je suis « une bonne petite », ou qu’ils disent « oh, un ange » en me voyant passer. Quand ils me carressent le visage en me disant qu’ils m’ont cherchée. Quand ils me disent que je suis gentille.

Moi qui ai tant besoin d’être aimée, mais soupçonne toujours les compliments d’être intéressés ou polis, j’ai face à moi les patients les moins calculateurs possibles. Pour qui n’existe plus que le présent. Et qui, jour après jour, m’apprécient sans aucune raison tangible, sans même se souvenir d’une seule de mes blagues, d’une seule de mes attentions. M’apprécient pour quelque chose que, j’espère, ils voient au plus profond de moi quand je les regarde dans les yeux. Et il n’y a rien qui pouvait mieux me convaincre que je méritais d’être aimée.

Et cette équipe de soignants incroyables, qui me chouchoutent et m’ont adoptée de suite… Qui me taquinent, m’aiment, me bousculent, me coachent.

Alors merci au destin de m’avoir fait oublier le NON sur mon bout de papier. Merci à Nathalie, Christine, Mustapha, Ania, Maryse, Marie-claude, Nicolas, Malidor, Elodie, Vanessa , Stéphane, Florence… A Pascal et Thierry. Aux patients.

Oui, un grand Merci amour-  

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